Le principe : cotiser à nouveau pour une seconde pension
Pendant des décennies, les cotisations versées en cumul emploi-retraite ne servaient à rien pour le retraité : elles finançaient le système sans ouvrir de droits. La réforme des retraites de 2023 (loi n° 2023-270) a changé cela en créant l’article L.161-22-1-1 du Code de la sécurité sociale : l’activité exercée en cumul peut désormais ouvrir une seconde pension, versée en plus de la première.
Ce mécanisme vit aujourd’hui sous deux régimes. Les personnes dont la première pension prend effet avant le 1er janvier 2027 restent sous la règle de 2023. Celles dont la pension démarre à partir de 2027 relèvent de la réforme portée par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui déplace l’âge à partir duquel on acquiert des droits. Le guide cumul emploi-retraite 2027 présente l’ensemble de cette réforme.
Les conditions de la règle 2023
La seconde pension est ouverte si trois conditions sont réunies :
- votre première pension a pris effet à partir du 1er septembre 2023 ;
- l’activité qui crée les droits est exercée depuis le 1er janvier 2023 ;
- vous êtes en cumul intégral : âge légal atteint, durée d’assurance complète (ou 67 ans) et toutes vos pensions liquidées, de base comme complémentaires, françaises, étrangères ou d’organisations internationales.
En cumul plafonné, l’activité ne crée aucun droit. La différence entre les deux situations est expliquée dans le guide cumul intégral ou plafonné.
Ce que vaut la seconde pension
Les règles de calcul sont volontairement restrictives :
- elle est calculée au taux plein de 50 %, quel que soit le nombre de trimestres acquis ;
- elle ne bénéficie d’aucune surcote ni d’aucune majoration (pour enfants, par exemple) ;
- elle est plafonnée à 5 % du PASS, soit 2 403 € par an en 2026 (article D.161-2-22-1) ;
- elle n’est attribuée qu’une seule fois par régime.
À la Cipav, les libéraux obtiennent en plus une seconde pension complémentaire, plafonnée elle aussi à 5 % du PASS. Le total peut donc atteindre 4 806 € par an en 2026.
Le plafond joue vite pour les revenus élevés. Exemple : un commerçant né en 1962 (169 trimestres requis), en cumul intégral, dégage 45 000 € de revenu par an pendant cinq ans, soit 20 trimestres. Calcul brut : 45 000 × 50 % = 22 500 € ; 22 500 × 20 ÷ 169 = 2 662,72 €. La seconde pension est ramenée au plafond de 2 403 € par an.
Comment la demander
Un travailleur indépendant n’a pas à cesser son activité pour obtenir sa seconde pension. La demande passe par le service en ligne « Demander ma retraite après un cumul emploi-retraite », qui ouvre deux mois avant la date d’effet choisie.
Comme elle n’est accordée qu’une fois par régime, le moment de la demande compte : les cotisations versées après la date d’effet ne pourront plus servir dans ce régime. Si vous comptez travailler encore plusieurs années, demander trop tôt fige un petit montant. À l’inverse, une fois le plafond atteint, attendre n’apporte plus rien.
Ce qui change pour une pension prise à partir de 2027
Pour une première pension de base prenant effet à partir du 1er janvier 2027, la logique est recentrée sur l’âge :
| Pension avant le 1er janvier 2027 | Pension à partir du 1er janvier 2027 | |
|---|---|---|
| Qui acquiert des droits ? | Seulement les personnes en cumul intégral | Seulement à partir de 67 ans |
| Activité avant 67 ans | Crée des droits si cumul intégral | Ne crée aucun droit |
| Plafond de la seconde pension | 5 % du PASS, 2 403 € en 2026 | Supprimé, selon l’Assurance retraite |
| Carence de six mois chez le dernier employeur | Oui (salariés) | Supprimée, selon l’Assurance retraite |
| Taux | 50 %, sans surcote ni majoration | Modalités détaillées à confirmer |
La carence de six mois concerne les salariés qui reprennent une activité chez leur dernier employeur ; un indépendant qui reste à son compte n’en avait déjà pas.
Entre l’âge légal et 67 ans, vous cotisez donc sans acquérir de droits, et votre pension est en plus réduite de la moitié de votre revenu dépassant un seuil annoncé à 7 000 € par an (le décret qui le fixera n’est pas publié au 25 octobre 2026). Voir le guide sur le seuil de 7 000 €. Après 67 ans, le cumul redevient libre et vos cotisations recommencent à compter.
Les personnes parties avant 2027 gardent l’ancienne règle, même si elles reprennent une activité ensuite. Pour en bénéficier, la pension doit prendre effet au plus tard le 1er décembre 2026, donc la demande doit être déposée au plus tard ce jour-là. Le guide partir en 2026 ou en 2027 compare les deux options.
Exemple : une consultante qui travaille de 67 à 70 ans
Sophie, consultante indépendante, est née en 1966 : sa génération doit réunir 172 trimestres. Elle liquide sa retraite après 2027 et poursuit son activité de 67 à 70 ans, avec 20 000 € de revenu par an.
Trimestres. En 2026, il faut 1 803 € de revenu par trimestre, soit 7 212 € pour quatre. Avec 20 000 €, elle valide 4 trimestres par an (20 000 est supérieur à 7 212), donc 12 trimestres en trois ans.
Seconde pension de base, ordre de grandeur :
- revenu × taux : 20 000 × 50 % = 10 000 € ;
- prorata : 10 000 × 12 ÷ 172 = 697,67 € ;
- soit environ 698 € par an, un peu plus de 58 € par mois.
C’est une estimation grossière : le calcul réel retient le revenu annuel moyen de la période de cumul, et les valeurs de 2026 sont appliquées ici à des années futures. Sous l’ancienne règle, le même calcul aurait donné le même ordre de grandeur, le plafond de 2 403 € ne jouant pas à ce niveau de revenu. Ce qui change vraiment pour Sophie, ce sont les années entre son âge légal et 67 ans : elles ne lui rapportent plus rien en droits.
Si Sophie exerçait en micro-entreprise, le revenu à retenir serait son chiffre d’affaires après abattement : avec 34 % d’abattement en BNC, il faudrait environ 30 300 € de chiffre d’affaires pour atteindre 20 000 € de revenu. Le guide micro-entrepreneur retraité détaille ces conversions.
Seconde pension et réversion
Si vous percevez une pension de réversion, une crainte revient souvent : la seconde pension va-t-elle faire baisser la réversion ? Pour une réversion prenant effet à partir du 1er janvier 2026, le décret n° 2025-1409 du 30 décembre 2025 prévoit qu’une seconde pension personnelle obtenue grâce au cumul n’entraîne pas de révision de la réversion. Le guide pension de réversion et activité explique le reste du calendrier.
En pratique
Avant de demander une seconde pension, faites le point sur votre relevé de carrière : les trimestres de cumul doivent y apparaître. Le simulateur Bascule montre, selon votre date de départ, si votre activité ouvrira des droits, et la page démarches rassemble les courriers types.