Deux mécanismes qui n’ont rien à voir
On les présente souvent comme deux variantes d’une même idée, travailler en touchant une retraite. Leur logique est pourtant opposée.
- La retraite progressive est une étape avant la retraite. Vous réduisez votre activité, vous touchez une fraction de pension, vous continuez à cotiser et à acquérir des droits. Votre retraite définitive est calculée plus tard, en tenant compte de cette période.
- Le cumul emploi-retraite commence après la retraite. Vous liquidez toutes vos pensions, leur montant est figé, puis vous exercez une activité dont les revenus peuvent réduire la pension, selon des règles qui changent pour les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027.
Les recherches sur la retraite progressive ont été divisées par plus de deux en un an, tandis que celles sur le cumul emploi-retraite ont presque doublé. La réforme de 2027 pourrait pourtant redonner de l’intérêt à la première.
La retraite progressive des indépendants : les conditions
Pour un artisan, un commerçant ou un libéral, les conditions sont les suivantes :
- avoir au moins 60 ans : c’est le cas pour les retraites progressives prenant effet depuis le 1er septembre 2025 (décret 2025-681) ;
- réunir au moins 150 trimestres, tous régimes de base confondus ;
- exercer cette activité indépendante à titre exclusif ;
- avoir eu, l’avant-dernière année civile, un revenu au moins égal à 40 % du Smic annuel brut ;
- réduire ses revenus professionnels de 20 % à 60 %.
Montant. Plus vos revenus baissent, plus la part de retraite versée augmente. Pendant les 18 premiers mois, la caisse verse un montant provisoire égal à 50 % de la retraite complète ; à partir de la deuxième année, il est réajusté chaque 1er juillet, au vu de vos justificatifs fiscaux, à fournir avant cette date chaque année.
Date de départ. Pour un indépendant, la retraite progressive commence le 1er janvier de l’année qui suit le dépôt de la demande. Une demande déposée en novembre 2026 donne donc un départ au 1er janvier 2027.
Droits. Vous continuez à cotiser pour votre retraite définitive, donc à acquérir des droits. Le passage à la retraite définitive n’est pas automatique : il se demande quand vous cessez votre activité, à condition d’avoir au moins l’âge légal de votre génération.
Et 2027 ? La réforme du cumul prévue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 exclut expressément la retraite progressive (article L.161-22, IV). En revanche, c’est probablement la date d’effet de votre retraite définitive qui déterminera la règle de cumul applicable si vous travaillez ensuite : point à faire confirmer par votre caisse.
Le comparatif
| Retraite progressive | Cumul, pension avant le 1er janvier 2027 | Cumul, pension à partir du 1er janvier 2027 | |
|---|---|---|---|
| Âge d’accès | 60 ans | Âge légal (ou départ anticipé) | Âge légal (ou départ anticipé) |
| Trimestres | 150 au minimum | Durée complète pour le cumul intégral | Pas de condition pour cumuler |
| Activité | Réduite de 20 à 60 %, exclusive | Libre | Libre |
| Pension versée | Une fraction ; 50 % provisoire les 18 premiers mois | Pension complète | Pension complète |
| Limite de revenus | La baisse de 20 à 60 % elle-même | Aucune en cumul intégral ; en cumul plafonné, 24 030 € (SSI, suspension) ou 48 060 € (Cipav, réduction) | Avant l’âge légal, réduction euro pour euro ; de l’âge légal à 67 ans, réduction de la moitié du revenu au-delà du seuil annoncé à 7 000 € ; après 67 ans, aucune |
| Nouveaux droits | Oui, retraite définitive recalculée | Seconde pension en cumul intégral, 2 403 € par an au plus en 2026 | Seulement après 67 ans |
| Démarrage | 1er janvier de l’année suivant la demande | 1er d’un mois, au plus tard le 1er décembre 2026 | 1er d’un mois |
Le seuil de 7 000 € est annoncé mais le décret qui doit le fixer n’est pas publié au 25 octobre 2026. Le détail figure dans le guide sur le seuil de 7 000 €, et la règle ancienne dans le guide cumul intégral ou plafonné.
Quatre profils pour décider
Bernard, plombier, 61 ans, veut lever le pied
Né en mai 1965, Bernard atteindra son âge légal de 63 ans en mai 2028. Il a 158 trimestres et a déclaré 36 000 € de revenu deux ans plus tôt. Il veut passer à 24 000 €, soit une baisse d’un tiers, dans la fourchette de 20 % à 60 % : par rapport à 36 000 €, cette fourchette va de 14 400 € à 28 800 € de revenu.
- Retraite progressive : demande déposée en 2026, départ au 1er janvier 2027. Si sa retraite complète est estimée à 1 400 € par mois, il touche 700 € par mois pendant 18 mois, puis un montant réajusté. Il continue à acquérir des droits jusqu’à sa retraite définitive.
- Cumul : impossible avant 63 ans, sauf départ anticipé ; et dans ce cas, avant l’âge légal, ses 24 000 € réduiraient sa pension euro pour euro, soit une suspension totale.
Verdict : la retraite progressive.
Catherine, architecte libérale, 63 ans, carrière complète
Née en février 1963, Catherine a atteint son âge légal (62 ans et 9 mois) en novembre 2025 et a tous ses trimestres. Elle gagne 60 000 € par an et veut continuer.
- En déposant sa demande au plus tard le 1er décembre 2026 pour un départ à cette date, elle relève de l’ancienne règle : en cumul intégral, après avoir liquidé toutes ses pensions, aucune limite de revenu.
- En partant en 2027, sa pension serait réduite de (60 000 − 7 000) ÷ 2 = 26 500 € par an jusqu’à 67 ans.
- La retraite progressive l’obligerait à réduire son activité, ce qu’elle ne souhaite pas.
Verdict : cumul emploi-retraite, avec un départ avant 2027. Voir le guide partir en 2026 ou en 2027.
Laurent, commerçant, veut garder son rythme jusqu’à 67 ans
Né en juin 1968, Laurent atteindra son âge légal de 63 ans et 9 mois en mars 2032 : il relèvera forcément de la règle 2027. Il prévoit 40 000 € de revenu par an et une pension de 15 000 € par an.
- Retraite progressive : exclue, puisqu’il ne réduit pas ses revenus.
- Cumul dès l’âge légal : réduction de (40 000 − 7 000) ÷ 2 = 16 500 € par an, supérieure à sa pension de 15 000 € : elle serait entièrement suspendue jusqu’à 67 ans, sans aucun droit nouveau.
- Différer sa liquidation : il continue à cotiser et, une fois la durée complète atteinte après l’âge légal, chaque trimestre supplémentaire lui donne une surcote de 1,25 %.
Verdict : ni l’un ni l’autre avant d’avoir réduit son activité ; différer sa liquidation est plus logique.
Nadine, consultante, 61 ans, veut une transition en deux temps
Née en 1966 (âge légal 63 ans et 3 mois, 172 trimestres), Nadine a 155 trimestres et veut diviser son activité par deux pendant quelques années, puis arrêter vers 66 ans.
- Retraite progressive de 61 ans à son départ définitif : fraction de pension, revenus réduits de moitié, droits qui continuent à s’accumuler.
- Puis retraite définitive, recalculée avec les trimestres acquis, sans réduction liée au cumul puisqu’elle arrête.
Verdict : la retraite progressive, qui ne lui fait rien perdre en droits, contrairement à un cumul sous la règle 2027.
La règle qui en découle
Si vous voulez réduire votre activité avant votre âge légal, la retraite progressive est presque toujours la seule voie raisonnable. Si vous voulez continuer à plein régime, la question est celle de la date : partir avant le 1er décembre 2026 pour garder l’ancienne règle si vous le pouvez, sinon différer. Le simulateur Bascule chiffre ces scénarios selon votre génération, et la page générations donne l’âge légal de chaque année de naissance de 1958 à 1970.